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Virtus Vulnere Virescit


Le Moulin

Bâti entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, à la place d’une minoterie plus ancienne, le moulin à eau de Frély est situé au bord du Lay, dans une vallée isolée à quelques kilomètres de Pouzauges.

Autrefois, dépendant du château de la Motte, ce bâtiment de grande ampleur revint par héritage au Comte de Courcy au début du siècle dernier, alors que le château de la Motte restait dans le giron de son frère aîné, le Marquis de Courcy.

Le château sera vendu à la SNCF en 1931 qui le transformera en colonie de vacances avant d’être cédé à la Sté Revillon puis, en 1992 à la Sté Redland qui le transformera en bureaux pour l’exploitation de la carrière, l’une des plus grandes à ciel ouvert d’Europe.

On sait peu de choses sur l’histoire du moulin entre sa fondation et la révolution. Sans doute était-il utilisé comme minoterie à l’usage des paysans aux alentours.
Au moyen-âge, la propriété des moulins était l’exclusivité des seigneurs qui finançaient leur construction.
Ces derniers obligeaient vassaux et paysans à utiliser leur four et leur moulin moyennant un droit sur la mouture.
Cette servitude fut progressivement supprimée et n’existait plus au XVIIIe siècle.
A cette époque beaucoup de moulins appartenaient à de riches meuniers tout comme les terres qui les cernaient.
Une ferme était indispensable alors pour survivre car les moulins ne fonctionnaient pas à temps plein.
Il fallait donc posséder des prés pour les bêtes notamment les chevaux et les vaches qui assuraient traction et subsistance.
D’autres moulins, en revanche, sont restés à des familles nobles ou bourgeoises qui affermaient les terres et les bâtiments à des meuniers. Ce fut le cas pour le moulin de Frély.
Quant à savoir ce que les meules du dit moulin écrasaient, on sait qu’au milieu du XIXe siècle, il s’agissait essentiellement de blé pour le pain et accessoirement de céréales secondaires pour les animaux.
On sait aussi qu’il y avait, non loin de lui, un autre moulin de facture semblable, disparu depuis.
Ils travaillaient tous deux de concert avec des moulins à vent situés sur les coteaux adjacents.
En effet, lorsqu’il y avait du grain à moudre, on remplissait d’eau l’écluse du moulin afin d’entraîner la roue.
(On appelait cela l’éclusée).
Le moulin pouvait ainsi fonctionner plusieurs heures.
L’écluse était alimentée par un bief très long pour compenser sa faible pente, luimême relié à un ruisseau commandé par une vanne.
L’arrivée d’eau sur la roue se trouvait en-dessous du niveau de l’écluse, ce qui créait une chute assez puissante pour la faire tourner.
Lorsque l’écluse était vide et avait besoin d’être de nouveau remplie, c’était le moulin à vent qui prenait le relais et continuait le travail.
On peut de nos jours voir les ruines de l’un de ces moulins à vent, qui dresse sa masse sur l’un des coteaux de Frély.
Le moulin de Frély possédait de larges écluses et l’eau captée ne provenait pas du Grand Lay pourtant voisin, mais d’un petit cours d’eau affluent.
A l’heure actuelle, les écluses sont toujours visibles et il est facile d’imaginer l’ampleur de ces constructions.
Le petit canal qui se trouve juste derrière le moulin servait à évacuer le trop-plein d’eau vers le ruisseau.
La roue qui prenait place non pas à l’extérieur mais à l’intérieur du moulin a disparu et fut remplacée en 1927 par une turbine afin d’obtenir de la lumière pour la maison voisine.
Dans ce cas, elle entraînait une magnéto fournissant du courant continu en 110 volts.
Ce remplacement se justifiait pour la raison suivante : la roue dont les dimensions étaient de cinq mètres de diamètre sur deux mètres de large avait besoin de beaucoup d’eau pour tourner.
Cela impliquait un entretien constant des écluses minées par les terriers d’animaux divers et de dégâts de toutes sortes.
Ors, lorsque le moulin arrêta son activité de minoterie durant la première guerre mondiale, il perdit le personnel qui permettait à cette usine de tourner.
Transformé en ferme, il n’y avait plus que le métayer et sa famille pour s’occuper du nettoyage des écluses.
Cette tâche éprouvante n’allait pas sans avatar et petit à petit, l’eau apportée au moulin devint de plus en plus rare.
En 1914, le comte de Courcy tenta de relancer l’activité de minoterie.
Il demanda pour cela un devis ainsi qu’un plan pour de nouvelles installations.
Le propriétaire des lieux avait vu grand et ce projet ne fut jamais mené à bien.
La guerre éclata et c’est à ce moment là que l’activité des moulins périclita.
Situé sur une route fréquentée par beaucoup de monde à cause du gué qui permettait de traverser le Grand Lay, un premier moulin fut détruit par la colonne infernale de Grignon en 1794 en même temps que le château de la Motte, situé à quelques centaines de mètres.
De cet ancien bâtiment, ne subsistent que les bases sur lesquelles a été édifié, dès 1800, le moulin actuel.
Comme l’attestent des documents trouvés aux archives départementales de la Vendée, les ruines de l’ancienne minoterie furent mises aux enchères le 6 germinal An 7, comme bien national appartenant à une famille noble les Texier de Saint- Germain, alors Seigneurs de la Motte et émigrés.
Il fut acquis par un certain Merlet pour la somme de 725 F (1790).
Le Moulin de Frély, avec ses six meules, était alors la plus grande minoterie du pays de Pouzauges.
A titre anecdotique, il souffrait parfois d’un manque d’eau et devait arrêter toute production, les grandes écluses qui le desservaient ne pouvant être remplies et le rendant par conséquent inutilisable en période estivale.
Voici, à suivre, quelques documents glanés aux Archives Départementales de la Vendée : Ci-dessous un document attestant de la vente du moulin à eau, jumeau de celui de Frély : « Le Moulin à eau de la Motte Saint Germain, situé sur la commune de Saint-Jacques en Tillay, composé de bâtiments, de servitude et d’aisance propre à cette usine, jardins, un journal et demi de près et trois boissetées de pâtis.
La moitié du moulin à vent qui est dans le champ de Beauregard appelé champ du Moulin, contenant l’emplacement du moulin et cerné par une boissetée de terre donnant de toute partie au surplus et au dit champ.
L’autre moitié du sus moulin à vent dépend du moulin à eau de Frély, situé sur la commune de Pouzauges.
» L’épouse du Seigneur de Saint- Germain, qui elle, semble-t-il, n’avait pas émigré, parvint à racheter une partie des biens de son mari, notamment la métairie de Beauregard, et le moulin à eau jumeau de celui de Frély.
La ferme de Beauregard existe toujours mais est aujourd’hui ruinée.
Elle est facilement accessible par les coteaux en quelques minutes.
Voici ce que les documents de l’époque nous apprennent et notamment l’acte de vente de la métairie de Beauregard, voisine du moulin : « L’Acquisition de la métairie de beauregard a été faite au profit de la citoyenne Rose Mélanie Rechigné Voisin, femme et veuve de Polycarpe Texier de Saint- Germain inscrit sur la liste des émigrés.
La dite Voisin demeurant à Paris, Premier Arrondissement… » Voici enfin l’acte de vente du Moulin de Frély : « Moulin de Frély, Commune du Vieux-Pouzauges L’An 7 de la république française, le 6 du mois de germinal à dix heures du matin, Nous, administrateur du département de la Vendée nous sommes transportés, accompagné du commissaire du directoire exécutif près l’administration, débat dans la salle de nos séances ordinaires, où étant, le dit commissaire du directoire exécutif à annoncer qu’il allait être procédé à la réception des premières enchères pour la vente des biens ci-après désignés, indiqué par la fiche unique du 11 ventôse an 7 dont il a été donné lecture, laquelle affiche a été bien et dûment publiée et apposée dans les lieux prescrits par la loi, suivant les certificats annexés de l’administration municipale du canton où sont situés les biens et les autres administrations du département, lesquels biens consistent en : Le Moulin à eau de Frély, commune du vieux pouzauges consiste en deux chambres, écluses (…) et (…) autres servitudes et aisances nécessaires à cette usine.
Deux journaux de prés, une boissetée et demi de pâtis.
La moitié du moulin à vent situé dans le champ de Beauregard, situé commune de Tillay, l’autre moitié appartenant au moulin de la motte.
L’acquéreur aura libre passage sur le champ de Beauregard du moulin de la motte mentionné au présent acte.
» Acquéreur : Merlet pour 725 F Ces actes de vente nous apportent quelques informations.
Puisque de nos jours, la famille héritière des seigneurs Texier de Saint Germain est toujours propriétaire du moulin, le dit Merlet semble avoir été un homme de paille, au service des Texier de Saint-Germain, chargé d’acquérir au profit de ces derniers les anciennes possessions de la famille.
On se demande comment la veuve Texier de Saint-Germain, ancienne marquise, qui plus est, d’origine vendéenne, rebaptisée Citoyenne Rechigné-Voisin, ne fut pas inquiétée durant cette période troublée de l’histoire de France… Polycarpe Texier de Saint-Germain est décédé durant son exil.
On pense qu’il avait quitté la France pour les Pays-Bas.
Curieux destin pour cet homme qui avait déjà dû abandonner ses terres et son château des années auparavant parce qu’il était protestant (l’édit de tolérance, promulgué par Louis XVI le 17 novembre 1787 n’était pas encore d’actualité).
En effet, comme 75% de la population du Pays de Pouzauges dans les années 1750, Polycarpe de Saint-Germain professait la religion réformée.
Sans doute participait-il aux réunions du culte réformé durant la période du désert qui avaient lieu à la Petite Audérie, tout près du moulin de Frély et qui pouvaient voir se regrouper près de six mille personnes ! On peut aussi, grâce à ces éléments, localiser le Moulin jumeau de celui de Frély : il se trouvait au niveau des carrières, tout près du château de la Motte, dans un méandre du Grand Lay ( Voir carte page 5, cadastre napoléonien).
Il n’existe à l’heure actuelle aucune trace de ce dernier.
La création des carrières de la Meilleraie a entraîné la disparition de fermes et même d’un hameau autour de cette exploitation.
Peut-être faisait-il partie de ces bâtiments détruits.
Après le partage des biens de la famille de Courcy, héritière des Texier de Saint-Germain, au début du XXe siècle, le moulin, comme nous l’avons déjà vu, fut transformé en centrale électrique, afin de fournir de l’électricité à la maison nouvellement bâtie du comte de Courcy.
Ce dernier, doté des terres et d’un nombre considérable de métairies ne disposait pas d’un logis à son goût.
Il ne voulait pas habiter le moulin, trouvant que l’endroit était trop « passager ».
En effet il se trouvait à cet endroit un gué très fréquenté à l’époque.
Le comte se fit alors construire une maison dont il dessina lui-même les plans et qui fut terminée en 1914.
Elle est située à une centaine de mètres du moulin.
Certains la qualifient de « manoir », d’autre de « folie ».
Son architecture reste atypique pour la région.
Dès sa construction, elle disposait du chauffage central et d’un système d’eau courante relié à une fontaine voisine.
Pour l’anecdote, on dit que les relations entre le marquis de Courcy et le comte du même nom, c’est-àdire les deux frères, étaient plutôt orageuses.
Vivant non loin l’un de l’autre, il n’était pas rare de les voir s’invectiver l’un sur le balcon de son manoir… et l’autre sur la berge opposée du Lay.
Resté depuis dans la même famille, le moulin changea de statut et devint vers les années 20 une exploitation agricole qui fut occupée par plusieurs générations de fermiers.
Il faut savoir que les charges attenantes à ce genre de location étaient lourdes.
Le métayer devait entretenir non seulement les écluses, mais aussi les routes et chemins de la propriété, en plus bien sûr de son travail.
Il existe toujours dans la pièce arrière du corps central du moulin, au rez-de-chaussée une lessiveuse maçonnée qui était commune à la fois aux gens du château et au métayer.
Cette « machine à laver » tout comme l’endroit qui l’abritait était entretenu par la famille occupant les lieux.
Pendant la seconde guerre mondiale, le moulin accueillit durant l’exode près de cinquante réfugiés lorrains.
Autre point à signaler : si vous vous placez en face du moulin, à distance raisonnable, vous vous apercevrez que le corps central de la bâtisse, de grande hauteur, penche légèrement.
Il semblerait que pour corriger ce défaut, on flanquât le bâtiment d’une première aile (aile droite) puis, le bâtiment se mettant à pencher dans l’autre sens, on construisit l’aile gauche, tout ceci en une vingtaine d’années tout au plus.
L’architecture de l’époque avait aussi ses approximations… L’aile droite fut certainement bâtie avec les restes du moulin primitif.
Ses murs sont faits de pierres et de terre mélangées, ce qui n’est pas le cas des deux autres parties construites en pierre jointoyées à la chaux.
L’érection d’un tel bâtiment dut coûter une fortune à l’époque car il n’y avait pas de carrière de chaux à proximité et il fallait la faire venir de loin.
L’aile de gauche présente toutes les caractéristiques du logement d’un meunier tel qu’on le voyait à l’époque, c’est-à-dire quatre pièces spacieuses flanquées de quatre autres pièces plus petites à l’arrière.
Les meuniers, autrefois étaient une caste à part, entre la bourgeoisie et la noblesse.
Voici l’extrait d’un document retrouvé sur internet et qui confirme ce fait.
Il concerne Théophile Barbot (1841-1927) prélat, archiprêtre de Loudun : Benjamin Théophile Barbot né le 16 novembre 1841 à La Guierche de Saint-Amant sur Sèvre (Deux-Sèvres).
Fils de Augustin Barbot propriétaire d’une importante minoterie située à la lisière des diocèses de Poitiers et de Luçon et de Madame née Jeanne Baudry.
Avant d’acheter la Guierche, Les Barbot, sortis de Pouzauges habitaient le Moulin de Frély du Boupère (sic).
Ils y formaient l’une de ces familles patriarcales de grands paysans vendéens aux origines parfois surprenantes chez qui la paternité est regardée comme un sacerdoce et la formation chrétienne des enfants comme la première et la plus importante des préoccupations… Le moulin est recouvert d’un toit d’ardoises et la charpente du corps central donne l’impression d’être construite en vaisseau inversé.
Les ouvertures de la bâtisse furent plusieurs fois remaniées.
En atteste l’aile droite, notamment au premier étage.
On sait aussi que la porte principale de l’aile gauche n’existait pas à l’origine et qu’elle fut percée à partir d’une fenêtre sans doute dans les années quarante.
Le sol ne fut carrelé que dans la seconde moitié du XXe siècle.
Il était composé pour sa majeure partie de terre battue, sauf dans le salon de l’aile gauche, qui lui, est toujours recouvert d’un carrelage de briques rouges d’origine.
Sous cette aile, prend place une magnifique cave voûtée qui, outre son aspect esthétique, évite l’humidité à la bâtisse cernée d’eau et supporte le poids de l’architecture supérieure, en témoignent ses importants contreforts.
Il existe un souterrain condamné sous le moulin, qui permettait de quitter la bâtisse rapidement et de se retrouver en lieu sûr à quelques dizaines de mètres de là.
On pense qu’il serait plutôt situé sous la partie droite de l’édifice, la partie gauche étant trop basse et au niveau de l’eau.
La cloche fixée sur la façade (cloche d’appel), toujours visible et fonctionnelle de nos jours, servait à appeler les paysans disséminés dans les champs alentours, à l’heure des repas.
Elle était utilisée aussi lorsque quelque chose ne fonctionnait pas correctement dans le mécanisme de la minoterie.
Elle permettait ainsi de prévenir le meunier.
C’est de là que découle l’expression couramment utilisée : « Y’ a quelque chose qui cloche ! ».
Enfin, elle servait aussi à communiquer avec le moulin à vent situé sur les hauteurs non loin de là, afin qu’il prenne le relais et se mette à moudre le grain, lorsque l’écluse était vide et qu’il fallait de nouveau la remplir.
Jusqu’à une période récente, le moulin était alimenté en eau courante par un château d’eau qui prenait place derrière la bâtisse et la défigurait.
Ce « monument » fort laid, fut détruit par Guy Lamoureux, époux de Michèle Henriet de Courcy, qui fit aussi refaire la toiture il y a de cela une quarantaine d’années.
A cette occasion, les chiens assis qui perçaient la-dite toiture furent supprimés, et les fenêtres murées afin de préserver l’édifice.
Dernier point enfin.
Il est curieux que l’ensemble du bâtiment, à l’origine destiné à une activité « industrielle », dégage une atmosphère aussi majestueuse et soit doté de superbes parements en granit, notamment pour les corniches et les fenêtres.
Une nouvelle question se pose.
Le moulin n’aurait-il pas bénéficié de pierres provenant d’une autre bâtisse détruite ? La chose était courante à une certaine époque.
On sait par exemple qu’il existait non loin de Frély un autre château au lieu-dit la Grossetière.
Ce château fut rasé sur l’ordre de Louvois (1641-1691), sans doute par punition envers le noble du lieu.
Son châtelain avait-il conspiré contre la couronne ? Etait-il protestant ? Nous n’en savons rien.
Toujours est-il que les pierres de cette bâtisse servirent à l’édification du village du Beugnon (sur la route Pouzauges-Chantonnay-Saint- Michel-Mont-Mercure).
La petite chapelle du village, plantée au milieu d’un champ est-elle celle de ce château ? En lieu et place du dit château, Il ne restait plus au siècle dernier qu’un trou où subsistaient encore quelques traces de cet imposant édifice.
Actuellement, le Moulin est en constante rénovation.
L’ampleur de la tâche est énorme.
L’Association du Moulin de Frély veille à conserver et à faire perdurer ce bâtiment attachant qui a traversé les siècles.
Ses murs renferment sûrement de nombreux secrets.
Ils ont vu passer un nombre considérable d’hommes et de femmes durant des générations.
Ces hommes et ces femmes ont contribué à en faire ce qu’il est à l’heure actuelle : un endroit où il fait bon vivre, un de ces rares lieux qui donnent l’impression que le temps s’est arrêté pour nous offrir l’espace d’une visite ou d’un séjour un sentiment d’éternité.
Le Moulin de Frély offre un havre de paix et de verdure aux artistes et visiteurs.
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